Trouver un sens a sa souffrance : la logotherapie et la TCC existentielle
Viktor Frankl, psychiatre autrichien déporté à Auschwitz, a observé dans les camps nazis un phénomène qui a bouleversé la psychologie : ceux qui survivaient n'étaient pas les plus forts physiquement, mais ceux qui trouvaient un sens à leur souffrance. De cette expérience extrême est née la logothérapie — la thérapie par le sens. Aujourd'hui, la TCC dite « de troisième génération » (ACT, MBCT, thérapie du sens) a intégré ces intuitions dans un cadre scientifique rigoureux.
L'intuition fondatrice de Frankl
Frankl écrit dans Découvrir un sens à sa vie : « Celui qui a un pourquoi peut endurer n'importe quel comment. » Cette phrase, empruntée à Nietzsche, résume sa logothérapie : la motivation première de l'être humain n'est ni le plaisir (Freud), ni la puissance (Adler), mais le sens.
Quand une personne perd le sens, elle entre dans ce que Frankl appelle le vide existentiel : sentiment d'ennui profond, dépression sans cause apparente, addictions, conformisme. Ce vide est, selon lui, la maladie du 20e siècle — et encore plus du 21e.
Besoin d'en parler ?
Prendre RDV en visioséanceLes 3 voies d'accès au sens selon Frankl
Frankl identifie 3 façons de donner du sens à sa vie :
1. Créer une œuvre, accomplir une action
Le sens peut venir de ce qu'on apporte au monde : un travail utile, une création, un engagement, l'éducation d'un enfant. Pas besoin que ce soit spectaculaire — un artisan qui fait bien son métier, un parent qui transmet, un bénévole engagé : tous créent du sens.
2. Vivre quelque chose, rencontrer quelqu'un
Le sens peut aussi venir de ce qu'on reçoit : une expérience esthétique (une symphonie, un paysage), une rencontre qui transforme, un amour qui élève. L'expérience vécue pleinement est porteuse de sens.
3. L'attitude face à une souffrance inévitable
La voie la plus profonde selon Frankl : quand on ne peut ni agir ni recevoir, il reste une liberté ultime — choisir son attitude face à ce qui arrive. Face à une maladie, un deuil, une injustice qu'on ne peut réparer, la posture intérieure reste notre dernière marge de manœuvre.
Le lien avec la TCC moderne : l'ACT
Steven Hayes, père de la thérapie d'Acceptation et d'Engagement (ACT), a traduit les intuitions de Frankl en protocole thérapeutique. L'ACT repose sur 6 processus, dont deux centraux recoupent la logothérapie :
Clarification des valeurs
Les valeurs sont les directions qui comptent profondément pour vous : famille, justice, créativité, savoir, nature, spiritualité... Ce ne sont pas des objectifs (finis ou pas finis) mais des boussoles (directions).
Outil : la matrice de Harris. Divisez une feuille en 4 :
- En haut à gauche : ce qui compte pour moi (valeurs)
- En bas à gauche : mes émotions difficiles
- En haut à droite : actions alignées avec mes valeurs
- En bas à droite : comportements d'évitement
Cet exercice clarifie en 20 minutes ce qu'on a tendance à fuir, et ce qui compte vraiment.
Actions engagées
Une fois les valeurs clarifiées, l'ACT pose la question pragmatique : quelle action concrète, cette semaine, vais-je entreprendre dans la direction de mes valeurs ?
Besoin d'en parler ?
Prendre RDV en visioséanceLa thérapie devient alors un entraînement à vivre dans le sens choisi, plutôt qu'une tentative de faire disparaître les émotions difficiles.
Le piège de la quête de bonheur
Frankl alerte : plus on cherche directement le bonheur, plus il nous échappe. Le bonheur est un sous-produit d'une vie qui fait sens, jamais un objectif atteignable frontalement. Cette intuition est aujourd'hui documentée : les études sur la satisfaction de vie montrent que les personnes qui poursuivent le bonheur comme but y accèdent moins que celles qui poursuivent des valeurs.
Quand la souffrance est inévitable
Certaines souffrances ne peuvent être résolues : deuil, maladie chronique, injustice subie, handicap acquis, événements du passé. La TCC classique, qui cherche à modifier les pensées pour réduire la souffrance, atteint ici ses limites.
C'est là que la TCC existentielle prend le relais. La question n'est plus « comment arrêter de souffrir ? » mais « comment vivre avec cette souffrance dignement, sans qu'elle prenne toute la place ? ». La réponse passe par :
- Accepter ce qui ne peut être changé (sans résignation passive)
- Identifier ce qui peut encore être vécu malgré la souffrance
- Créer du sens dans les limitations
Écrire sa mission personnelle
Un exercice puissant : rédigez en une page votre « mission personnelle ». Trois questions guides :
Cet exercice, issu de la tradition logothérapeutique, clarifie en quelques heures ce que des années d'errance ne dévoilent pas.
Un avertissement clinique
La logothérapie et l'ACT ne sont pas des antidotes magiques à la dépression ou au trauma. En phase aiguë, il faut d'abord stabiliser (parfois médicalement), traiter les symptômes invalidants (TCC classique, EMDR pour le trauma), puis — une fois le terrain moins dangereux — aborder la question du sens.
Inversement, une personne qui dépasse une crise purement symptomatique (ses peurs, ses ruminations sont maîtrisées) peut quand même rester dans un vide existentiel. C'est souvent à cette étape que le travail sur le sens devient décisif.
À retenir
La souffrance sans sens est invivable. La souffrance avec sens devient supportable — et parfois même transformatrice. Viktor Frankl l'a découvert dans les circonstances les plus extrêmes. La TCC contemporaine, via l'ACT et la thérapie existentielle, offre un cadre structuré pour travailler cette dimension.
Si vous traversez une période de vide, de perte de sens ou si vous faites face à une épreuve que vous ne pouvez modifier, un accompagnement orienté valeurs peut restaurer une direction intérieure — même quand les circonstances extérieures restent difficiles.
Retrouvez cet article sur le site principal avec des ressources complementaires.
Besoin de clarté avant de décider ?
Analysez votre conversation gratuitement sur ScanMyLove.
Dashboard gratuit — Rapport Essentiel gratuit €
Commencer l’analyse gratuiteBesoin d'un accompagnement personnalisé ?
Gildas Garrec, Psychopraticien TCC — Séances en visioséance (90€ / 75 min) ou en cabinet à Nantes.
Prendre RDV en visioséance →Gottman, Young, Attachement, Beck, Sternberg, Chapman, CNV et 7 autres modèles appliqués à vos conversations.
