Aimer à l'infini : Denis Marquet, TCC et l'amour comme chemin de transformation
Les 3 amours selon Marquet
Marquet distingue trois niveaux, qu'on retrouve dans la littérature clinique sous d'autres noms :
1. L'amour fusion (le besoin déguisé)
« J'ai besoin de toi, sans toi je ne suis rien. » C'est l'amour qui colle, réclame, contrôle. En TCC, on l'appelle dépendance affective : l'autre devient une prothèse émotionnelle. Passion intense au début, souffrance inévitable ensuite. Corrélé à l'attachement anxieux (Bowlby).
2. L'amour échange (le contrat caché)
« Je t'aime à condition que… ». L'amour devient transactionnel : je donne, tu me rends. La comptabilité s'installe. Quand l'équilibre perçu se rompt, la relation se détériore. C'est l'amour du mariage-contrat que Gottman documente comme vulnérable à la séparation.
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Prendre RDV en visioséance3. L'amour inconditionnel (la liberté partagée)
L'amour qui ne demande rien en retour, pas parce qu'il est dépossédé de soi, mais parce qu'il naît d'une plénitude intérieure. Ce que Marquet nomme « aimer à l'infini ». Ce que la psychologie positive appelle l'amour mature (Fromm), ce que la spiritualité appelle parfois l'agapè.
Le problème clinique : comment passer du niveau 1 au niveau 3
La plupart des gens oscillent entre les deux premiers niveaux. Le troisième paraît théorique, lointain. Pourtant, la TCC offre un chemin concret :
Étape A : travailler la sécurité intérieure
On ne peut pas aimer inconditionnellement depuis un manque. La psychothérapie individuelle précède souvent la capacité à aimer mûrement. Travailler ses schémas d'abandon, d'incompétence, de méfiance (Young). Construire une sécurité interne qui ne dépend plus de la présence de l'autre.
Étape B : distinguer attachement et amour
L'attachement est biologique : il active les mêmes circuits cérébraux que le manque de drogue. L'amour est un choix conscient. Ne pas confondre « je ne peux pas vivre sans toi » (attachement) avec « je choisis chaque jour ta présence » (amour).
Étape C : le désir sans la peur
Marquet insiste : aimer à l'infini, ce n'est pas ne rien vouloir de l'autre. Le désir reste là — désir de présence, de sensualité, de projet partagé. Mais il n'est plus contaminé par la peur de perdre. Cette alchimie émotionnelle est l'objet central de la TCC avancée.
Le parallèle avec l'ACT
Steven Hayes, dans la thérapie d'Acceptation et d'Engagement, propose une vision étonnamment convergente :
- Clarifier la valeur « amour inconditionnel » comme direction (pas objectif)
- Défusionner des pensées anxiogènes (« il/elle va me quitter »)
- Accepter l'inconfort de l'incertitude relationnelle
- S'engager dans des actions d'amour concret (présence, écoute, attentions) même quand on a peur
Aimer à l'infini dans l'ACT, c'est agir dans la direction de l'amour même quand les émotions disent « fuis » ou « agrippe-toi ».
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Prendre RDV en visioséanceLes 5 pratiques de l'amour conscient
Issues du croisement Marquet / TCC / Gottman :
1. La présence totale : écouter sans préparer sa réponse. 90% des conflits viennent d'un déficit d'écoute. 2. L'appréciation active : nommer chaque jour une chose appréciée chez l'autre. Pas flatter — voir. Gottman a montré que le ratio 5:1 (5 interactions positives pour 1 négative) prédit la durabilité du couple. 3. La non-projection : ce que vous reprochez à l'autre est souvent votre propre ombre. La TCC apprend à reconnaître ce miroir. 4. Le cadre protecteur : aimer inconditionnellement ne veut pas dire accepter tout. Des limites claires sur la violence, le mensonge, le mépris protègent l'amour. 5. La liberté mutuelle : chacun reste une personne complète. Fusionnel = fin annoncée. Proche et libre = durable.Quand la thérapie de couple est nécessaire
L'amour à l'infini est un idéal. La plupart des couples oscillent, régressent, progressent. La thérapie TCC de couple n'est pas un luxe, mais un outil courant quand :
- Les disputes tournent en boucle sans résolution
- L'un ou les deux se sentent seuls dans le couple
- La sexualité s'est éteinte sans comprendre pourquoi
- L'infidélité (réelle ou fantasmée) est apparue
- Les 4 cavaliers de Gottman sont présents (critique, mépris, défensive, refus du dialogue)
Le pont vers la spiritualité
Marquet, philosophe, pose la question qu'évite souvent la TCC : et si l'amour conscient ouvrait une dimension spirituelle ? Pas religieuse au sens institutionnel, mais une expérience de présence qui dépasse les frontières individuelles. Aimer sans attendre, c'est expérimenter une forme d'éternité dans l'instant.
Cette lecture n'est pas exigible de chacun. Mais pour ceux qui y sont sensibles, Marquet offre une passerelle que la TCC laisse ouverte sans l'explorer : l'amour mature est déjà une voie spirituelle.
À retenir
Aimer à l'infini n'est ni un don naturel, ni une chance du destin. C'est un chemin. La TCC propose les étapes concrètes ; Marquet propose la vision qui oriente. L'un sans l'autre reste incomplet : la technique sans le sens devient mécanique, le sens sans la technique reste un vœu pieux.
Si votre rapport à l'amour vous fait souffrir — jalousie envahissante, dépendance, répétition des mêmes histoires, peur d'aimer — un accompagnement TCC peut vous conduire, pas à pas, du niveau 1 au niveau 3 que Marquet appelle « aimer à l'infini ».
Prochain et dernier article de cette série : La Joie — où Marquet nous emmène dans la dimension pleinement spirituelle de son œuvre.
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