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L'art de s'excuser en couple : ce qui répare vraiment

Gildas GarrecPsychopraticien TCC
Lecture : 6 min

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En bref : S'excuser semble simple, et pourtant la plupart des « excuses » de couple n'en sont pas : ce sont des justifications déguisées (« je suis désolé si tu l'as mal pris »), des excuses-marchandage (« je m'excuse, mais toi aussi tu… ») ou des réparations expédiées pour clore la dispute. Les recherches sur l'excuse efficace (Lewicki, Gottman) identifient des ingrédients précis : reconnaître les faits, exprimer du regret, prendre sa responsabilité sans condition, comprendre l'impact sur l'autre, réparer concrètement, et changer le comportement. Une excuse n'a pas pour but de faire taire la douleur de l'autre, mais de la reconnaître. C'est l'une des « tentatives de réparation » les plus puissantes du couple — et l'une des plus mal faites. Cet article décortique ce qui répare réellement, et ce qui, au contraire, blesse une seconde fois.

L'art de s'excuser en couple : ce qui répare vraiment

« Je me suis excusé, qu'est-ce qu'il te faut de plus ? » Cette phrase, prononcée avec exaspération, résume tout le malentendu. Pour celui qui la dit, l'excuse est une formalité qui doit clore l'incident. Pour celui qui la reçoit, ce n'était pas une excuse — c'était une porte qu'on referme trop vite.

S'excuser est l'un des gestes les plus réparateurs d'un couple. Gottman l'a montré : ce qui distingue les couples solides n'est pas l'absence de conflits, mais leur capacité à réparer après. Or réparer s'apprend, parce que nos excuses spontanées sont souvent ratées.

Pourquoi la plupart des excuses échouent

La fausse excuse n°1 : la justification déguisée

« Je suis désolé si je t'ai blessé. » Le « si » nie la réalité du mal : il sous-entend « si tant est que tu aies eu raison d'être blessé ». De même, « désolé que tu l'aies mal pris » déplace la faute sur la sensibilité de l'autre. Ce ne sont pas des excuses, ce sont des défenses.

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La fausse excuse n°2 : le marchandage

« Je m'excuse, mais tu as fait pareil. » Ajouter un « mais » annule tout ce qui précède. L'excuse-marchandage transforme la réparation en match nul : personne ne se sent reconnu.

La fausse excuse n°3 : l'excuse-pour-en-finir

Dite vite, sur un ton agacé, pour faire cesser la tension. Elle dit « je veux que ça s'arrête », pas « je vois ce que je t'ai fait ». L'autre le sent, et la blessure reste.

La fausse excuse n°4 : l'auto-flagellation

« Je suis nul, je gâche tout, tu mérites mieux. » Paradoxalement, se rabaisser à l'excès inverse les rôles : la personne blessée se retrouve à devoir consoler celle qui a fauté. L'excuse devient une demande de réconfort.

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Les ingrédients d'une excuse qui répare

Les recherches de Roy Lewicki sur les excuses efficaces identifient plusieurs composantes. Plus une excuse en contient, plus elle répare.

  • La reconnaissance des faits : nommer précisément ce qu'on a fait. « J'ai haussé le ton et je t'ai coupé la parole devant tes parents. » Pas de flou : le flou signale qu'on n'a pas vraiment regardé.
  • L'expression du regret : dire qu'on regrette sincèrement, sans dramatiser ni minimiser.
  • La responsabilité pleine : « C'était ma responsabilité », sans « si », sans « mais », sans condition. C'est l'ingrédient le plus important et le plus fuyant.
  • La compréhension de l'impact : montrer qu'on perçoit ce que l'autre a ressenti. « J'imagine que tu t'es senti humilié, et seul. » C'est ce qui fait qu'on se sent vu.
  • L'offre de réparation : « Qu'est-ce que je peux faire pour réparer ? » ou une proposition concrète.
  • L'engagement de changement : dire ce qu'on fera différemment — et le faire. Une excuse répétée sans changement perd toute valeur.
  • Une excuse n'a pas besoin d'être longue. Elle a besoin d'être honnête, responsable et centrée sur l'autre, pas sur le soulagement de celui qui s'excuse.

    L'autre côté : recevoir une excuse

    Réparer est un acte à deux. Du côté de qui reçoit, certains pièges existent aussi :

    • Refuser systématiquement toute excuse pour garder le pouvoir de la position de victime ;
    • Exiger des excuses parfaites indéfiniment, sans jamais permettre à l'autre de réparer ;
    • Accepter trop vite par peur du conflit, sans avoir pu exprimer la blessure — l'excuse est alors creuse pour les deux.
    Recevoir une excuse ne veut pas dire « tout est effacé ». Cela veut dire « je reconnais ta réparation, et je choisis de ne pas faire payer indéfiniment ». La confiance se reconstruit ensuite, par accumulation, pas par décret.

    Quand l'excuse devient un outil de manipulation

    Attention à un détournement fréquent : certaines personnes s'excusent magnifiquement après chaque dérapage… puis recommencent à l'identique. L'excuse devient un cycle (faute → excuse parfaite → lune de miel → faute), notamment dans les relations sous emprise. Là, l'excuse n'est pas une réparation mais une technique de remise sous contrôle. Le critère de vérité d'une excuse n'est jamais les mots : c'est le changement de comportement dans la durée. Une excuse sans changement répété n'est pas une réparation, c'est un entretien de la blessure.

    Relire ce qui s'est vraiment dit

    Après une dispute, chacun se souvient surtout de ce qu'il a ressenti — rarement des mots exacts. Reprendre l'échange à froid permet de voir si une vraie excuse a eu lieu (reconnaissance, responsabilité, impact) ou seulement une justification déguisée, et si le « pardon » donné a été entendu. Ce recul aide à réparer pour de bon, plutôt que d'empiler des malentendus que chacun croit résolus.

    À retenir : Une excuse qui répare reconnaît les faits, exprime un regret, prend la responsabilité sans condition, comprend l'impact sur l'autre, propose de réparer et s'engage à changer. À l'inverse, le « désolé si… », le « mais toi aussi » et l'excuse expédiée blessent une seconde fois. Et le seul juge d'une excuse sincère n'est pas la beauté des mots : c'est le changement qui suit. Sans lui, l'excuse n'est qu'un cycle de plus.
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    Gildas Garrec, Psychopraticien TCC

    À propos de l'auteur

    Gildas Garrec · Psychopraticien TCC

    Psychopraticien certifié en thérapies cognitivo-comportementales (TCC), auteur de 16 ouvrages sur la psychologie appliquée et les relations. Plus de 900 articles cliniques publiés sur Psychologie et Sérénité.

    📚 16 livres publiés📝 900+ articles🎓 Certifié TCC
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